"Quand je suis né, le monde n'existait plus", par Ambre C
D’après La Route, de Cormac Mac Carthy
Je suis né, le monde n’existait plus, plus de villes, plus de pays, plus de civilisations, plus rien… Je dis cela comme si j’avais connu le monde tel qu’il était, mais non. Papa ne me raconte jamais comment c’était avant, il ne veut pas me faire de peine, sûrement. Il ne veut pas que je me dise que je suis né au mauvais moment, que je n’aurais en fait pas dû naître. Mon père a l’air triste, tous les jours, à chaque instant, rares sont les moments où je l’ai vu sourire, être heureux. Être heureux ? Si seulement je savais ce que c’était… J’aimerais pouvoir rendre heureux mon papa, lui dire que ce n’est pas si terrible, que notre vie aujourd’hui n’est pas si terrible. C’est vrai, parfois je me dis que d’un certain côté, j’ai de la chance, contrairement à mon père et aux autres adultes, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Le monde tel qu’il était avant ne me manque pas, je ne l’ai pas connu. Comment quelque chose de totalement étranger peut nous manquer ? D’autres fois cependant je me dis que les hommes auraient pu prendre plus soin de leur planète, qu’ils auraient pu penser à nous, les nouveaux, qui aujourd’hui héritent d’un monde dévasté, meurtri, à nous les nouveaux qui avons constamment faim, soif.
Maman est partie un jour ou plutôt une nuit, j’avais seulement trois ans. Je ne sais pas pourquoi, pour quelles raisons. Était-ce parce qu’elle ne m’aimait pas ? Parce qu’elle avait peur de mourir ? Peur de vivre ? Je ne sais pas, je ne le saurais sûrement jamais, je voudrais en apprendre plus, mais je n’ose pas aborder le sujet, cela rend triste mon papa, je le vois, cela me rend donc triste moi aussi.
Quelquefois, j’ai l’impression que Papa veut tout arrêter, en finir avec cette vie qui n’en est pas une. Il ne vit pas mon Papa, il survit. Pour moi. Mais Papa je ne veux pas t’obliger à rester ! A souffrir ! Ne me laisse pas ce fardeau à porter ! Nous ferons cela ensemble, nous mourrons ensemble ! Tu as fait tout ce que tu as pu pour ton fils, pour ta famille, mais il y a un moment où il faut arrêter. Peut-être que tu as peur de me voir mourir avant toi et ne pas avoir la force de le faire, d’appuyer sur la détente.
Ici, sur cette planète, notre vie est en danger. Des gens sont méchants, des gens le sont moins, quoiqu’il en soit ils sont dangereux.
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